La paroisse de Mukarange
Environ mille personnes trouvèrent la mort lors du massacre perpétré le 12 avril 1994 dans la paroisse de Mukarange.
Jean-Claude Ndamage, 23 ans, était étudiant à l'université de Sciences Appliquées de Butare. Il était revenu chez lui, à Gahini, pour les vacances. Au moment de l'interview, c'était un patient de l'hôpital de Gahini. Un épais bandage entouraient sa nuque, couvraient tout le côté droit de son visage et ses deux jambes.
« Le jeudi [7 avril] nous avons appris qu’un massacre de Tutsis devait se dérouler dans la nuit. On se dispersa alors dans les bois. Cela ne nous avait pas surpris parce que pendant toute la journée du 6, il y avait eu beaucoup de discussions au sujet de l’existence de listes de gens à abattre. Cette nuit-là, on parla de la mort de quelques la familles de Gahini que nous connaissions. Quelques-unes des personnes qui se cachaient dans les bois ont décidé d’aller sur la paroisse de Rukara, et quelques autres sur la paroisse de Mukarange.
Je suis allé à Mukarange avec mes deux frères. Peu après notre arrivée, les interahamwe arrivèrent à la paroisse. Ceci a alarmé évidemment les réfugiés. Plus tard, nous nous sommes rendus compte que c’était pour organiser le massacre. Le lundi [11], un lieutenant de l’armée est venu à la paroisse pour calmer les réfugiés. Il a vu les interahamwe en embuscade et ils les a chassés. Le mardi matin, vers 5 heures, la première grenade a été lancé. Une deuxième grenade est tombée vers 8 heures. Et ça a continué. Il y avait des gendarmes et la milice. Beaucoup, beaucoup de personnes ont été tuées. La paroisse était encerclée par les interahamwe.
A quatorze heures les interahamwe sont entrés dans l’enceinte. Les gendarmes utilisaient les armes à feu et les interahamwe les armes blanches. Quand j’ai vu la machette arriver, j’ai essayer de protéger ma nuque avec les mains. Mais comme vous pouvez le voir, je n’ai pas pu protéger ma nuque et ma joue. Ensuite, il s’attaquèrent à mes jambes. Je saignais tellement qu’ils m’ont laissé pour mort. Ils sont revenus pour s’assurer que tout le monde était bien mort, et pas blessé. Ceux qui ont été trouvés en vie ont été attaqués à la machette : certains ont même été décapités. Ils sont repartis. Les interahamwe sont revenus tous les matins pour voir si quelqu’un respirait encore. Je me suis caché sous un tas de cadavres pendant trois jours. Lors du quatrième jour, je suis parti au milieu de la nuit parce que l’odeur était devenue insupportable. Je me suis caché près de là et le RPF m’a trouvé quand ils ont envahi la zone. »
Extrait de : « Rwanda. Death, despair and defiance ».
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Vous trouverez le rapport cité plus haut sur le portail de African rights
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